Ce que consomme une requête à une IA, comparée à des gestes courants
1 octobre 2026 · Aliocha Iordanoff
Une requête texte à une IA générative consomme environ 0,3 wattheure d’électricité et émet environ 1 gramme d’équivalent CO₂ sur l’ensemble de son cycle de vie. Ces deux valeurs prennent leur sens à côté d’usages connus, vingt minutes d’ordinateur, un film, un roman, une séance de cinéma. Les graphiques ci-dessous placent ces usages à la même échelle. Chaque valeur renvoie à sa source, à son périmètre et aux chiffres qui la contredisent dans la page de données détaillées.
Les deux repères retenus pour une requête
0,3 Wh d’électricité. Cinq mesures et estimations publiées en 2025 et 2026 donnent entre 0,24 et 0,42 Wh pour une requête texte ordinaire. Elles viennent de Google pour Gemini, d’OpenAI pour ChatGPT, de l’institut indépendant Epoch AI et de deux équipes de chercheurs. La valeur de 0,3 Wh se situe au centre de cette fourchette. Une requête qui fait raisonner le modèle, qui lui fournit un long document ou qui génère une image consomme de dix à plus de cent fois plus.
1 g d’équivalent CO₂. L’analyse de cycle de vie publiée par Mistral AI, menée avec le cabinet Carbone 4 et l’appui de l’ADEME, donne 1,14 g pour une réponse, fabrication des serveurs comprise. C’est la valeur publiée la plus élevée, retenue ici pour cette raison. Google publie 0,03 g pour Gemini, fabrication du matériel comprise, avec une comptabilité qui déduit l’électricité renouvelable achetée par contrat.
En énergie, à l’échelle
Palier suivant dix fois plus large.
Palier suivant dix fois plus large.
Palier suivant vingt-sept fois plus large.
Vingt minutes d’ordinateur portable consomment l’énergie d’une dizaine de requêtes, vingt minutes devant un poste fixe à deux écrans celle d’une quarantaine. Un film de deux heures sur un téléviseur connecté en représente environ 1 250.
En carbone, sur tout le cycle de vie
Palier suivant trente fois plus large.
Palier suivant quatre fois plus large.
Pour un ordinateur portable ou un smartphone, la fabrication représente l’essentiel de l’empreinte sur toute leur durée de vie, selon l’ADEME. Pour une séance de cinéma, le trajet des spectateurs représente environ 90 % des émissions. Pour un concert, le transport des artistes et du matériel en représente les deux tiers.
Ce que ces repères ne disent pas
Le volume. La consommation d’une requête baisse pendant que le nombre de requêtes augmente. Google divise par 33 l’énergie d’une requête à Gemini entre mai 2024 et mai 2025, et traite sept fois plus de jetons en mai 2026 qu’un an plus tôt. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les centres de données ont consommé 415 TWh en 2024, environ 1,5 % de l’électricité mondiale, puis 485 TWh en 2025. Elle projette 950 TWh en 2030.
Le lieu. La moyenne mondiale masque des concentrations. En Irlande, les centres de données consomment 23 % de l’électricité du pays en 2025. Le carbone d’un même kilowattheure dépend du réseau, environ 29 à 46 g en France et 384 g aux États-Unis.
Les usages intensifs. Aucun éditeur ne publie de chiffre pour le raisonnement, la vidéo ou les agents, qui enchaînent des dizaines d’appels pour une seule demande. Les estimations indépendantes vont de 41 Wh pour une session médiane d’agent de code à 150 Wh en moyenne par instruction saisie.
L’eau. Les chiffres publiés vont de 0,26 mL par requête, en ne comptant que le refroidissement sur site, à 45 mL en cycle de vie complet. Ils dépendent du périmètre compté et du lieu. Microsoft déclare que 48 % de l’eau consommée par ses centres de données en 2025 l’a été dans des zones de stress hydrique.
L’entraînement. Les repères par requête l’excluent. Mistral AI déclare 20 400 tonnes d’équivalent CO₂ pour l’entraînement de Mistral Large 2 et ses dix-huit premiers mois d’usage. Meta déclare 11 390 tonnes pour l’entraînement de Llama 3.1, ou zéro selon la comptabilité retenue.
Vérifier chaque chiffre
La page de données détaillées donne pour chaque valeur sa source, sa date, son périmètre, son degré de solidité et les chiffres qui la contredisent. Elle couvre aussi le raisonnement, l’image et la vidéo, l’eau, l’entraînement des modèles, la fabrication des puces, les deux comptabilités du carbone et les projections à 2035. Les chiffres sont relevés au 1er octobre 2026.
Sources principales
- Elsworth et al. (Google), Measuring the environmental impact of delivering AI at Google scale, août 2025.
- Mistral AI, Carbone 4 et ADEME, Our contribution to a global environmental standard for AI, juillet 2025.
- Epoch AI, How much energy does ChatGPT use?, février 2025.
- Oviedo et al., estimation de l’énergie d’inférence, Joule, 2026.
- Arcom, Arcep et ADEME, Étude de l’impact environnemental des usages audiovisuels, octobre 2024.
- ADEME et I Care, Évaluation de l’impact environnemental de la digitalisation des services culturels, 2022.
- ADEME, Impact CO₂, alimentation et transport, consulté le 1er octobre 2026.
- The Shift Project, Décarbonons la culture, novembre 2021.
- Agence internationale de l’énergie, Energy and AI, avril 2025, et Key Questions on Energy and AI, avril 2026.